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Dans son allocution au Forum économique mondial de Davos le 20 janvier 2026, le président Emmanuel Macron a réaffirmé l’importance pour la France et l’Europe de ne pas céder à « la loi du plus fort » et de défendre les souverainetés nationale, territoriale et économique dans un monde de plus en plus instable. Il a souligné que face à la « brutalisation du monde », refuser la vassalisation et renforcer l’autonomie stratégique sont essentiels pour préserver un ordre fondé sur des règles et non sur la force.

Cette vision, bien que formulée à l’échelle macro-géopolitique, trouve une résonance directe dans le domaine de la cyberdéfense. Alors que les architectures numériques deviennent des zones critiques de souveraineté, la simple conformité réglementaire, française ou européenne, ne suffit pas à rendre compte de ce qui est en jeu.

 

Un impératif de souveraineté pour les acteurs de la défense

Pour les acteurs de la défense et des technologies numériques, la souveraineté ne doit plus être perçue comme une simple contrainte administrative ou une barrière protectionniste, mais comme la condition sine qua non de la confiance, de la maîtrise opérationnelle et d'une responsabilité partagée face à des menaces hybrides et évolutives. Cet impératif de souveraineté impose une transparence et une traçabilité totales de la chaîne de valeur technologique. Cela signifie avoir une compréhension claire, non seulement des fonctionnalités, mais surtout de l’origine profonde des solutions utilisées pour protéger les infrastructures sensibles. Cette exigence s’applique indistinctement aux outils de sécurité informatique (logiciels, hardware), aux systèmes de défense complexes (commandement, renseignement) et aux réseaux d’information critiques.

Dans un contexte international marqué par une intensification des pressions géopolitiques et des rivalités stratégiques, il est paradoxal de constater une défiance persistante, voire une méconnaissance, quant à l'identité et l'ancrage réel de certaines entreprises de cybersécurité européennes. Bien que ces acteurs soient stratégiquement positionnés et parfois leaders sur leur segment, le fait qu'ils soient français ou européens n'est pas toujours clairement perçu ou intégré par les décideurs. Le récent renoncement de l’Union européenne à imposer des critères stricts de souveraineté dans le cloud, prévu par le Cybersecurity Act 2, illustre cette ambiguïté stratégique et brouille la lisibilité des acteurs européens de cybersécurité.

 

Vers une autonomie stratégique et une résilience nationale

Aussi, la question de la souveraineté dépasse largement la simple nécessité de répondre à des obligations réglementaires ou des certifications nationales. Elle repose sur le renforcement d’écosystèmes technologiques locaux, favorisant la Recherche et Développement (R&D), le support direct par des experts et des cadres juridiques et culturels proches. L’autonomie stratégique et la résilience nationale dépendent de l’adoption pleine et assumée de ces solutions par les responsables opérationnels et politiques.

Au-delà des textes législatifs, des décrets et des normes techniques, la souveraineté en cyberdéfense est fondamentalement une question d’humain et de cohésion collective. C'est un contrat de confiance qui doit être rétabli et renforcé entre les pouvoirs publics, les industriels et les utilisateurs finaux. Cela nécessite un effort de compréhension collective des enjeux, de la provenance et des garanties offertes par les solutions nationales. Cette démarche commune permettrait aux nations de naviguer avec résilience dans un environnement international marqué par des tensions croissantes, des cyberattaques étatiques sophistiquées et une intense compétition stratégique pour la domination technologique. La souveraineté est, en définitive, l'affirmation de la capacité d'agir de manière autonome et résiliente face à l'incertitude et à la menace.

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À propos de l'auteur
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Pierre-Yves Hentzen Président, Stormshield

La carrière de Pierre-Yves, qui allie expertise financière, managériale et entrepreneuriale, débute en 1989. Ayant rejoint Arkoon en 2001 au poste de Directeur administratif et financier et membre du Directoire, Pierre-Yves a conservé cette fonction lors du rapprochement Arkoon-Netasq en 2013. Après avoir été nommé Directeur général délégué en 2015, il est nommé Président de Stormshield en 2017.